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Sciences Politiques

M. Julien AUDEMARD, Docteur en Science Politique

Salle Pétrarque

Lundis de 10h à 12h

Module :

« Vie politique française : de la Révolution à nos jours »

Ce module a pour but d’évoquer les principaux épisodes constitutifs du champ politique français contemporain. En revenant sur ces épisodes à partir d’une perspective critique, à la fois historique et politique, il s’agit de donner du sens aux grands débats qui traversent aujourd’hui la vie politique française.

  • 02 Octobre 2017. 1789-1793 : Une Révolution ? Des Révolutions ?

La Révolution française a constitué un évènement majeur quant à la construction d’un espace politique moderne. Mouvement phare de mise en oeuvre politique des idéaux libéraux et humanistes, sa radicalisation, qui a engendré l’épisode de la Terreur, pose néanmoins aujourd’hui encore la question de la possibilité de s’en servir comme d’une référence politique intégrale. Cette contradiction a entraîné, dans la seconde moitié du XXème siècle, une querelle d’historiens animée notamment par François Furet et le courant d’analyse marxiste. En proposant une analyse critique de l’historiographie de la Révolution française, il s’agit ici de revenir sur un enchainement d’évènements historiques parfois mal connus mais aussi entamer une réflexion sur leur nature dont la portée a, aujourd’hui encore, un impact décisif sur la vie politique française.

  • 09 Octobre 2017. 1815-1848 : Les Chartes ou le libéralisme politique à la française.

L’épisode des Chartes (1815-1830 puis 1830-1848) est une singularité dans la vie politique française : c’est en effet la seule fois (si l’on excepte la tentative avortée de 1789) que des régimes se réclamant intégralement du libéralisme politique se mettent en pratique. Après l’épisode napoléonien, il s’agit là d’une autre tentative pour réconcilier les deux camps politiques contradictoires issus de l’épisode révolutionnaire. Contrairement au modèle anglais, les Chartes apparaissent comme deux formes de compromis entre le courant républicain, favorable à la reprise des promesses de 1793, et le courant ultramontain, favorable à un retour à l’Ancien régime. Ce compromis intenable va entériner pour longtemps l’échec du libéralisme politique en France. D’autant plus que, dans un même temps, la France voit naitre la révolution industrielle et, avec elle, l’irruption dans le champ politique d’un nouvel acteur : le peuple ouvrier.

  • 16 Octobre 2017. 1848 : La Deuxième République et la conquête du suffrage universel.

La Monarchie de juillet a été renversée par la promesse d’ouvrir le champ politique aux
nouvelles classes sociales nées de la révolution industrielle et du phénomène d’urbanisation :
celles-ci avaient en effet été longtemps écartées de l’exercice du pouvoir politique par le jeu du
suffrage censitaire. La mise en oeuvre du suffrage universel masculin, c’est-à-dire l’inclusion
dans un corps électoral limité de plusieurs millions d’individus qui, pour l’immense majorité,
lui sont étrangers, n’est pas un mince défi. Il met notamment à jour une contradiction : loin de
profiter à la République, le suffrage universel va finalement profiter à ses adversaires et
provoquer l’avènement du Second empire en 1851.

  • 23 Octobre 2017. 1894 : L’Affaire Dreyfus : Le choix de la République.

La défaite de Sedan en 1870 a signé la fin du Second empire. S’ouvre alors une période
d’incertitude institutionnelle. Après l’épisode tragique de la Commune, la République est
temporairement adoptée comme forme institutionnelle de compromis. Le vote des lois
constitutionnelles en 1875 et l’échec de Mac Mahon et des ultras de rétablir la monarchie n’ont
pas pour autant scellé la victoire des républicains. Les ennemis de la République sont encore
nombreux. Les catholiques, bien qu’incités au ralliement par le Pape, profitent du
développement de la question sociale pour devenir force d’opposition. Les socialistes ont
encore à l’esprit l’épisode de 1871 et affichent leur méfiance face au régime. Enfin, l’épisode
boulangiste montre que la tentation bonapartiste est encore présente. L’affaire Dreyfus
survient dans une période où les scandales menacent d’ébranler l’édifice républicain au profit
de ses opposants. Elle va être l’occasion de cristalliser les oppositions au régime dans un seul
et même camp via la question de l’antisémitisme politique. Cette même question va structurer
le camp républicain et susciter le ralliement des socialistes à la république. La victoire des
Dreyfusards va signer l’installation durable de l’institution républicaine tout en élevant
l’Affaire au rang de mythe fondateur.

  • 30 Octobre 2017. 1905-1920 : La création des partis politiques.

Les partis politiques naissent en France au début du XXème siècle. Ils sont l’achèvement d’un
processus de transformation et de professionnalisation de l’offre politique. L’avènement du
suffrage universel en 1848 a entrainé l’apparition de nouveaux acteurs auparavant exclus d’un
champ politique régi par les logiques censitaires. Ces nouveaux acteurs, essentiellement issus
de la petite bourgeoisie intellectuelle des villes ne disposent alors pas, à l’inverse des notables,
d’un savoir-faire électoral ou de ressources suffisantes pour capter les voix du corps électoral.
Les notables avaient acquis ces savoir-faire depuis la période révolutionnaire au sein d’un
système censitaire dont ils étaient les seuls acteurs et les seuls bénéficiaires. Leur prestige
social qui s’exerce au niveau local – il s’agissait de grands propriétaires, de directeurs d’usine
ou encore d’ecclésiastiques – ainsi que leur puissance économique leur ont permis de dominer
le jeu démocratique après 1848 grâce notamment à la mise en oeuvre de systèmes clientélistes.
Face au système notabiliaire, les nouveaux acteurs qui revendiquent l’accès à l’exercice du
pouvoir vont développer des savoir-faire électoraux ainsi qu’un système de rétribution
symbolique capable de concurrencer le clientélisme. Les partis politiques vont ainsi se
structurer à la fois comme espaces d’apprentissage du jeu démocratique et comme machines à
produire des biens idéologiques « échangeables » sur le marché électoral. L’avènement de la République, qui marque la victoire de ces nouveaux acteurs, professionnels du jeu électoral vivant de la politique face aux notables, marque aussi l’avènement d’un champ politique professionnalisé, nationalisé et autonome. Les partis politiques, dont le premier – le Parti radical – apparait en 1905, en deviennent les symboles et les acteurs principaux.

  • 06 Novembre 2017. 1940 : Vichy : un fascisme à la française ?

Charles Maurras, leader de l’Action Française, accueillait l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain comme une divine surprise. Le régime de Vichy, de type autoritaire et prônant une révolution nationale fondée sur des valeurs conservatrices, a d’abord été considéré par l’historiographie française – autour des travaux de René Rémond – comme la réunion des trois courants historiques de la droite française provoquée par la débâcle de juin 1940. Cette thèse accréditait la vision d’une scène politique française « allergique » au fascisme dont différentes manifestations avaient accédé au pouvoir après 1920 en Allemagne, en Italie et en Espagne. Cette vision a été dans un second temps contestée par des travaux américains (Paxton, Sternhell, Soucy) puis français (Noiriel, Dobry). Pour ces derniers, Vichy correspondrait à une forme de fascisme à la française dont les origines remonteraient à la période républicaine.

  • 20 Novembre 2017. 1946-1958 : La Quatrième République face aux bouleversements internationaux.

La IVème République est souvent présentée comme le cas idéal-typique illustrant les dérives du parlementarisme. Bien que l’instabilité du régime ait des causes internes (apparentements, Troisième Force), le contexte international lié à la guerre froide et à la décolonisation n’y est pas non plus étranger. La crise algérienne et sa gestion, mais aussi la crise de Suez ou encore l’échec de la Communauté Européenne de Défense (CED) provoquent la chute d’un régime confronté à la gestion difficile de l’après-guerre.

  • 04 Décembre 2017. 1958-1962 : La construction de la République gaulliste.

Le retour au pouvoir du général de Gaulle dans le contexte de la crise algérienne contribue à provoquer une adhésion des différents courants politiques à sa personne. Cet épisode, en grande partie à l’origine du charisme gaullien, prend fin avec la guerre d’Algérie. Dans le but de pérenniser la République de 1958 en conférant une légitimité nouvelle au président de la République, de Gaulle va entreprendre en 1962 une réforme de la constitution portant l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel direct. Cet épisode, que François Mitterrand qualifia de « coup d’Etat permanent », va fonder la spécificité institutionnelle d’un régime à l’origine classique et assurer sa stabilité politique.

  • 18 Décembre 2018. 1968 : Les évènements de Mai-Juin.

La crise de 1968 est aujourd’hui au centre de nombreux débats. Présentée comme une révolte essentiellement libertaire et hédoniste de la jeunesse face à la société traditionnelle, la crise de 1968 est en réalité un évènement pluriel. La révolte étudiante, qui s’inscrit dans un contexte
international très large, porte en réalité une grande diversité de revendications idéologiques et est structurée par divers répertoires d’action. De plus, les évènements de 1968 sont aussi l’oeuvre de mouvements ouvriers, là encore multiples, qui n’ont jamais pu se fondre ou se confondre dans les mouvements étudiants et tombés depuis quasiment dans l’oubli.

  • 08 Janvier 2017. 1971-1981 : Le parti Socialiste au pouvoir, vers la bipolarisation de la vie politique française.

La création du Parti socialiste, entérinée au congrès d’Epinay de 1971, bouleverse le paysage politique de la Vème République. Créé pour mettre fin aux dérives internes à la SFIO, le Parti socialiste va en réalité se transformer en machine au service d’un homme, François Mitterrand, et de son destin présidentiel. Le parti va ainsi devenir pour la nébuleuse socialiste l’espace d’apprentissage des usages et des moeurs de la Vème République. L’arrivée au pouvoir de François Mitterrand en 1981 va accélérer la présidentialisation du parti et le ralliement du socialisme à la Vème république. Ce phénomène, couplé au fait majoritaire inhérent à la constitution, consacre la bipolarisation de la vie politique française.

  • 22 Janvier 2018. 2000 : Le quinquennat ou le besoin de (re)légitimer la fonction présidentielle ?

Trois périodes de cohabitation (de 1986 à 1988 ; de 1993 à 1995 ; depuis 1997) ont remis en question le fait majoritaire sous la Vème République. Présentée comme une réforme censée donner une nouvelle vitalité démocratique au régime, le passage au quinquennat consiste surtout à redonner une nouvelle légitimité à l’institution présidentielle en renforçant le fait majoritaire. Cette volonté s’illustre dès 2001 avec l’inversion du calendrier électoral et l’alignement des mandats parlementaires sur le mandat présidentiel. Cette réforme induit en réalité des effets contraires puisqu’elle affaiblit l’institution parlementaire tout en enfermant un peu plus la fonction présidentielle dans un rôle isolé qui lui est de plus en plus difficile de tenir.

  • 05 Février 2018. 2010-Aujourd’hui : La percée électorale du Front National : tripartition et ethnicisation de la vie politique française.

La présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002 a été vécue comme un cataclysme par la majeure partie des acteurs politiques français. Ceci ne fut pourtant d’aucune conséquence d’ampleur à court terme puisque dès 2007 le Front national est à nouveau relégué au rang de parti mineur. Toutefois, à partir de 2010, puis avec l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti, le Front national enregistre, élection après élection, des résultats souvent assimilés à des succès électoraux, au point que certains analystes parlent désormais d’une tripartition de la vie politique française. Mais la progression du Front national témoigne aussi d’un autre phénomène récent. Traditionnellement parti de notables touchant une base électorale restreinte (périurbaine, âgée, masculine et peu diplômée), le Front national entame sa transformation en parti attrape-tout et son programme semble aujourd’hui séduire un électorat plus large en milieu urbain (à l’exception des centres villes des grandes métropoles) et périurbain. Faut-il y voir le signe du succès du réalignement (à gauche) de la ligne économique du parti ou bien l’adoption par une partie de plus en plus large de l’électorat
des thèmes nationalistes et culturels qu’il porte depuis sa création ? Accompagnés de la montée du radicalisme religieux, notamment chez les Français d’origine immigrée et musulmane, les succès électoraux du Front national ne témoigneraient-ils pas aussi d’un processus d’ethnicisation de la vie politique française ?

 


Tarif : 85 euros